Le design de l’être est une discipline de recherche en design et en anthropologie développée à Besign et à l’Université Côte d’Azur qui a trait non pas au design d’une chaise ou d’un luminaire mais d’un mode de relation aux mondes résonant et durable, par l’entremise des objets du quotidien. Pour ce faire, nous avons mis au point deux outils : l’onto-cartographie et la bricologie.
L’onto-cartographie, de quoi s’agit-il ? « Onto- » désigne ce qui est. La cartographie est une technique de représentation d’un être ou une chose à l’aide d’une carte. Donc, l’onto-cartographie est une technique de représentation de ce que sont les êtres et les choses à l’aide d’une carte. Autrement dit, il s’agit de représenter, dans le temps et dans l’espace, les influences humaines et non-humaines qui sous-tendent leur vie actuelle ou en devenir. Bien plus que de simples rencontres, ces influences et confluences tissent le paysage vital d’un être ou d’une chose où s’entrelacent des humains, animaux, végétaux, minéraux, puissances atmosphériques et hydrosphériques, faisant qu’un être ou une chose peut être ce qu’il ou elle est, et ce, pour le meilleur et pour le pire. Et c’est pour éviter le pire que nous avons conçu un second outil : la bricologie.
La bricologie, de quoi s’agit-il ? Bricologie est un terme qui désigne une logique du bricolage appliquée à un processus technique ou vital. Bricoler a reçu divers sens techniques en référence au mouvement d’un projectile lancé par une catapulte ou « briccola » en italien, à la trajectoire d’un galet, ricochant à la surface d’un plan d’eau, d’un zigzag, du bond de la balle du jeu de paume ou de celle du billard, et un chien qui a perdu la trace d’un animal et qui suit une piste aléatoire pour la retrouver est appelé un bricoleur. Ces façons de faire courbes, ricochantes, indirectes ou sinueuses redoublent dans un contexte de crise où une limitation des moyens nécessite un supplément d’habileté.
Un être ou une chose peut advenir de différentes manières : de façon compliquée, c’est-à-dire en sollicitant un grand nombre d’écosystèmes ; de façon simple, c’est-à-dire en sollicitant un minimum d’écosystèmes. Bien entendu, ce n’est pas parce que c’est simple que c’est simpliste. Bien au contraire, c’est lorsqu’un paysage est simple et complexe qu’il est digne d’intérêt.
C’est ça la bricologie, faire plus et mieux avec moins ou autant ! Pour ce faire, tout un tas de stratégies existent : les pratiques bricologiques, les low & wild tech, les techniques créoles, l’innovation frugale, le presencing by design, le design in-fini, etc.
Il ne s’agit pas seulement de faire plus ou mieux avec moins ou autant, mais aussi d’être plus ou mieux avec moins ou autant ! En effet, la bricologie développe l’attention, la sensorialité, l’intuition, le périmètre cognitif et le bien-être.
Bref, la bricologie est une question de savoir-faire et de savoir-être. Elle compose le vivant, elle doit composer nos innovations, et ce, de façon sensible afin que l’humanité puisse forger un mode de relation résonant à des mondes durables.